101_0465Après presque trois mois à Montréal, il était temps que je prépare un vrai repas québécois. Et pour ne pas avoir affaire à des critiques trop sévères, j'ai choisi de préparer ce repas à des copines françaises qui n'avaient jamais goûté ces spécialités de la belle province.

En plat, j'ai choisi de réaliser un pâté chinois. C'est, à mes yeux, le plat québécois par excellence, même si son nom ne l'indique pas! J'ai découvert ce plat il y a deux ans lors de ma première venue au Canada. J. et moi étions arrivées à Toronto, nous avions continué à Ottawa, puis Montréal, et enfin Québec. C'est dans l'auberge de jeunesse où nous dormions à Ottawa que nous avions rencontré un vieux monsieur québécois, dont j'ai oublié le prénom depuis, qui nous avait parlé du pâté chinois. Nous devions avoir l'air tellement intéressées qu'il nous proposa d'en cuisiner un pour nous. Cela aurait été dommage de rater une telle occasion! Nous avions tellement aimé ça que nous avions décidé quelques jours plus tard d'en réaliser un nous-mêmes pour nos amis qui passaient un semestre un Québec et qui nous accueillaient pour quelques jours.

Le pâté chinois est composé d'une couche de viande hachée, recouverte d'une couche de maïs ou de crème de maïs, puis d'une couche de purée de pommes de terre. C'est, en gros, un hachis parmentier amélioré. Tous les Québécois vous diront qu'il existe autant de pâtés de chinois que de cuisinier(e)s. Du bœuf ou une autre viande, du maïs ou de la crème de maïs, en boîte ou faite maison, de la purée de pommes de terre ou d'un autre légume. L'origine du pâté chinois est assez obscure, et, si ce serait exagéré de dire qu'il existe là encore autant de "légendes" du pâté de chinois que de cuisinier(e)s, les spécialistes qui se sont penchés sur la question ne sont pas du tout d'accord entre eux. La première "légende" dont j'ai entendu parler dit que le pâté chinois était le plat quotidien des ouvriers, notamment d'origine asiatique, qui travaillaient à la construction des voies ferroviaires du Québec à la fin du XIXe siècle. Le faible coût de la viande, du maïs et des pommes de terre en faisaient un plat bon marché mais très nourrissant. Je vous raconte tout ça, mais de nombreux spécialistes du pâté chinois -ben oui, ça existe! d'ailleurs, moi, dans la vie, je voudrais être spécialiste de la carbonnade flamande- ne sont pas d'accord. J'ai même lu que l'un d'entre eux concluait que les origines du pâté chinois restaient mystérieuses. À quoi bon être spécialiste, je vous le demande!

Pour le dessert, j'ai choisi le pouding-chômeur. Le principe du pou101_0633ding étant de réaliser une pâte à base de farine, de sucre, de beurre, d'œuf et éventuellement de lait, de la placer dans un plat à bords assez hauts et de l'arroser d'une sauce qui, en cuisant, passera, au moins partiellement, sous la pâte à gâteau et épaissira pour se transformer en une sauce crémeuse. Le pouding-chômeur a été créé par les femmes d'ouvriers durant la crise des années 1930 qui cherchaient à créer un dessert bon marché. La version que je vous propose est évidemment plus coûteuse puisqu'elle contient du sirop d'érable. Ce dessert illustre à merveille l'expression québécoise "recette cochonne", à savoir une recette tellement riche, gourmande et décadente que ça en est presque honteux! La pâte à pouding est en fait un simple réceptacle, bien moelleux, pour la sauce au sirop d'érable à la crème, qui satisfait les besoins en sucre les plus pressants. Rien de mieux pour se "sucrer le bec"!

Avant de passer aux recettes, je dois vous avouer que je m'y suis prise à deux fois pour réaliser le pouding chômeur, pourtant ultra simple à faire. La première fois, je devais être un peu ailleurs, avoir l'esprit embrumé, ou que sais-je, car j'avais décidé de diviser les proportions de la recette de base par deux et je n'ai en fait divisé les proportions que de certains ingrédients, à savoir le beurre et la farine. Lorsque je m'en suis rendue compte, il était déjà trop tard. Mon éternel optimisme (quoiqu'un peu faiblard en ce moment) me fit penser que ce pouding serait de toute façon très bon et que ce serait MA recette, la meilleure évidemment, les recettes les plus inoubliables provenant souvent d'une erreur. Ce fut bon, certes. Mais pas assez cuit et la pâte légèrement trop dense à mon goût. Mes invitées ont apprécié. Mais comme je suis un peu perfectionniste et que je ne voulais pas publier cette recette ainsi, je l'ai faite à nouveau hier, alors que mon corps réclamait du sucre à grands cris, et là, bingo! Enfin, bingo après avoir modifié la recette sur laquelle je me basais, trouvant la pâte pas assez homogène, ressemblant plutôt à une pâte à tarte qu'à une pâte à gâteau. Si j'avais lu les commentaires suivant la recette avant de la réaliser, j'aurais appris que c'était bien cette consistance qu'il fallait obtenir et qu'il n'était pas nécessaire d'ajouter du lait comme je l'ai fait. Sans regret cependant, car ce pouding-chômeur était très bon! Une vraie québécoise a validé, c'est dire! Enfin, je sais que l'aspect est un peu étrange à première vue, mais ne vous fiez pas aux apparences...

 

 

Pâté chinois (recette légèrement inspirée de celle-ci).

Pour 4 personnes:

  • 4 grosses pommes de terre (après cuisson et écrasées: environ 2 1/2 tasses);
  • 2 cuillères à soupe de beurre;
  • 1/2 tasse de lait;
  • 500g de bœuf haché;
  • 2 cuillères à soupe d'huile d'olive;
  • 1 oignon émincé;
  • 2 gousses d'ail hachées;
  • 2 tasses de maïs égoutté (l'équivalent d'une boîte de conserve de 540ml);
  • 1/2 tasse de crème liquide (125ml);
  • Sel et poivre.

101_0470Faites cuire les pommes de terre à l'eau bouillante salée avec leur pelure. Le temps de cuisson varie en fonction de leur taille, un couteau doit pouvoir y entrer comme dans du beurre (mou, le beurre). Une fois cuites, égouttez-les et épluchez-les. Transposez-les dans un saladier et écrasez-les, soit à l'aide d'un presse-purée, soit à l'aide d'une fourchette. Ajoutez le beurre, le lait et assaisonnez. Évidemment, vous pouvez, pour ce pâté chinois, utiliser votre propre recette de purée si vous en avez une, ça ira très bien aussi. Réservez.

Dans une grande poêle, faites revenir dans l'huile d'olive les oignons une bonne dizaine de minutes, jusqu'à ce qu'ils deviennent translucides et fondants, puis ajoutez l'ail, remuez et laissez cuire deux minutes de plus. Ajoutez le bœuf haché, mélangez et laissez-le dorer. Disposez ensuite de façon uniforme dans le fond d'un plat à gratin.

Préchauffez le four à 220°. Dans une casserole, versez le maïs et la crème, le sel et le poivre. Portez à faible ébullition et laissez mijoter une trentaine de minute pour obtenir un mélange crémeux: le liquide de cuisson doit réduire de moitié. À l'aide d'un robot ou d'un mixeur, mixez cette préparation jusqu'à l'obtention d'une crème grossière -il doit rester de petits morceaux de grains de maïs. Versez sur la viande et étalez.

Déposez la purée de pommes de terre sur le maïs en crème et égalisez à l'aide d'une fourchette. Déposez quelques noix de beurre sur le dessus et saupoudrez de paprika. Enfournez pour environ 30 minutes.

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Pouding chômeur (inspirée d'ici, et un peu modifiée).

Pour 6 à 8 personnes (selon leur besoin en sucre):101_0631

  • 1/2 tasse de beurre mou;
  • 1/2 tasse de cassonade blonde;
  • 1 œuf;
  • 1 tasse et 2 cuillères à soupe de farine;
  • 1 cuillère à café rase de levure chimique (poudre à pâte);
  • 2/3 de tasse de lait;
  • 1 tasse de crème 35%;
  • 1 tasse de sirop d'érable.

Dans un bol, mélangez la farine et la levure chimique. Réservez.

Fouettez le beurre et le sucre à l'aide d'un fouet à main ou d'un batteur électrique, afin d'obtenir une consistance mousseuse. Ajoutez l'œuf et fouettez à nouveau pour obtenir une pâte homogène. Amalgamez ensuite en trois fois le mélange farine-levure en alternant avec le lait. Réservez au frais au moins trente minutes.

Préchauffez le four à 210°C. Dans une casserole, amenez à ébullition la crème et le sirop d'érable. Réservez.

Dans un moule beurré à bords assez hauts -le pouding déborde un peu parfois en cuisant-, versez la pâte à pouding (j'ai utilisé un moule carré d'une vingtaine de centimètres de côté) et arrosez-la de sauce à l'érable. Enfournez pour 35 minutes. Un cure-dents enfoncé dans la pâte doit en ressortir propre.

Servez sans attendre en arrosant généreusement chaque part de sauce. Et si vous désirez déguster un dessert encore plus cochon, vous pouvez le servir avec une boule de glace à la vanille (personnellement, je ne suis pas allée jusque là, mais je pense que ça doit être assez terrible).

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