Je vous avais parlé ici d'un blog collectif, Midnight Poutine, portant sur Montréal et que j'avais découvert par hasard. Il figurait, en effet, en bonne place parmi les résultats d'une recherche du genre "pastries Montreal" ou "best cheesecake Montreal" -vous voyez l'esprit- faite sur un moteur de recherche. Le lien sur lequel j'avais cliqué m'avait dirigée vers un article publié sur Midnight Poutine et dont l'auteur expliquait avoir élaboré un Top 10 des meilleurs pâtisseries de Montréal, ciblant en réalité les lieux où l'on peut aller déguster une part de gâteau dans l'après-midi ou la soirée, en gros les salons de thé et assimilés. Vous imaginez bien que cet article m'avait enthousiasmée: les critiques étaient assez précises, l'auteur indiquait les gâteaux qu'il avait goûtés dans chacun des lieux et les recommandait donc pour certains gâteaux en particulier.

Le numéro 1 du classement avait attiré mon attention puisque l'auteur affirmait que l'on pouvait y déguster le meilleur cheesecake de la ville -rien que ça-, que la mousse chocolat y était juste démente (il ne s'agit pas d'une mousse au chocolat telle qu'on l'entend habituellement mais bien d'un gâteau à couche, à la texture mousseuse), et que le gâteau aux carottes était unique, sans trop de glaçage. Tout ce discours dithyrambique était-il fondé? C'est ce que j'ai décidé de vérifier samedi.

Avant de quitter mon appartement, j'avais donc soigneusement noté l'adresse de la Croissanterie Figaro, ainsi que la station de métro la plus proche (qui ne paraissait pas très proche quand même) grâce à Google Map. Après avoir fait un tour en ville (ça on s'en fiche mais c'est pour le suspense), je me suis donc rendue à la station Place-des-Arts, près de laquelle commençait la rue Hutchison, où se situe la Croissanterie, au numéro 5200. Je trouve la rue sans problème et je me rends compte que je suis au numéro 3000 et des poussières... Je vais donc devoir marcher. C'était prévu, je ne me décourage donc pas. Mais voilà qu'après avoir déjà marché un petit moment, je me retrouve face au Mont-Royal, la rue semblant s'arrêter là. Je demande donc à une sympathique cycliste où se poursuit la rue Hutchison, et elle me répond le plus naturellement du monde qu'elle continue après le Mont-Royal...

102_0029Alors, mon petit esprit obtus de française a un peu de mal à comprendre que l'on puisse garder le même nom de rue alors qu'il y a une montagne au milieu mais pour les Montréalais c'est normal: bah oui, il ne faudrait pas briser la belle symétrie des rues en donnant des noms différents alors, qu'à vol d'oiseau, les deux morceaux de la rue Hutchison se font bel et bien face. Ou alors, ils n'avaient plus d'idées de noms de rue. Quel manque d'imagination...

Bref, me voilà contrainte à contourner le Mont-Royal. Certes, ce n'est pas le Mont-Blanc, mais quand même! J'aurais pu m'arrêter là et renoncer, mais je n'emploie finalement jamais ce mot en ce qui me concerne, à part pour montrer que j'ai du vocabulaire. En plus, j'avais faim, et, surtout, je me suis dit que si je n'y allais pas, je n'irai sans doute jamais, le chemin à parcourir étant encore moins attrayant en hiver, sous la neige.

Finalement, ce fut une promenade assez agréable: les arbres du Mont-Royal commençant à virer au rouge, la lumière du jour faisant lentement place au crépuscule, et les rues verdoyantes du Montréal résidentiel ne m'ont pas fait regretter d'avoir fait tout ce chemin. J'ai quand même croisé des gens étranges: notamment une jeune fille faisant du jogging sur un chemin de la "Montagne", s'arrêtant pour faire quelques pompes, et repartir de plus belle... Elle ne devait pas être très saine d'esprit. Et puis, certains manquements à la rigueur géométrique urbaine m'ont choquée: qu'il y ait une montagne au milieu d'une rue, soit. Mais que cette rue décrive une courbe -oui, une courbe!- puis que sa ligne soit carrément brisée, les portions de rue n'étant même plus face à face, cela me semble particulièrement inconvenant!

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Je marchais donc dans la rue Hutchison, que j'avais enfin rejointe, quand je vis au loin une devanture, pouvant éventuellement être celle d'un restaurant ou d'un salon de thé, éclairée par une douce lumière: vous imaginez ma joie! J'ai failli courir, de façon dramatique, au ralenti, comme lorsque deux amoureux courent l'un vers l'autre dans les films, pour rejoindre le lieu tant désiré. Je ne l'ai pas fait, j'ai quand même ma dignité. J'ai bien fait. La devanture était celle d'un magasin sans intérêt. J'ai donc évité une humiliation publique qui m'aurait totalement décrédibilisée aux yeux des Montréalais et je ne sais pas si j'aurais pu m'en remettre.

Cela va sans dire que, tout au long de ma marche pleine de rebondissements plus fous les uns que les autres, j'espérais au plus profond de moi-même que la Croissanterie Figaro, pour quelque raison que ce soit, n'ait pas fermé ses portes. Et, bien entendu, je me disais de plus en plus que les gâteaux avaient intérêt à être aussi bon que promis. Car ma critique serait sans pitié. D'ailleurs, j'étais déterminée à commander deux parts de gâteau, sachant pertinemment que je ne referai pas ce trajet de si tôt, et désireuse de baser ma critique sur des fondements solides. Vous rendez-vous compte que c'est pour vous que je fais tout ça?? Non, ne me remerciez pas, ça me fait plaisir; cela dit, si vous insistez, je veux bien le dernier livre de Jamie Oliver sur la cuisine américaine, une sorbetière, un siphon, un appareil à gaufres, un Kitchen Aid, des Louboutin, un sac à main Gérard Darel, un... hum, pardon, je m'égare.

Je suis finalement arrivée à la Croissanterie Figaro, plutôt attirante de l'extérieur. L'intérieur étant composé de boiseries, de tables en marbre (du faux sans doute) et de chaises en fer forgé, avec un fond musical jazz. Assez agréable en somme. Les gâteaux sont à droite en entrant, vous ne pouvez pas les rater, et ils étaient assez appétissants.

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Comme prévu, j'en ai commandé deux parts: une de cheesecake marbré au chocolat et une de gâteau aux carottes. Et un bol de chocolat chaud pour faire passer tout ça et aussi parce que j'avais besoin de me réchauffer: début octobre à Montréal, il fait déjà assez frais, surtout en fin de journée.

La serveuse, plutôt agréable, m'a d'abord servi le chocolat chaud. Celui-ci m'a donné l'impression d'être coupé à l'eau -d'ailleurs, après réflexion, je pense que ce chocolat était exclusivement préparé à l'eau; je ne sais pas si c'est comme ça que cela se fait ici, mais ce n'est en tout pas à mon goût. Il manquait cruellement d'onctuosité et de goût. Aie, ça commençait mal. Mais qu'à cela ne tienne. Mon jugement n'était pas pour autant biaisé, j'étais prête à déguster et à apprécier à leur juste valeur les parts de gâteaux qui sont arrivées quelques minutes plus tard.

102_0034La présentation est soignée puisque chaque part est servie avec du coulis de fraises joliment disposé. Cela dit, coulis de fraise et gâteau aux carottes ne vont pas forcément ensemble, ce qui n'est pas négligeable: j'aurais préféré que la présentation soit plus simple et qu'elle ne vienne pas parasiter les saveurs des gâteaux. J'ai commencé par le gâteau aux carottes et j'étais vraiment curieuse car c'était la première fois que j'en mangeais. Comme vous pouvez le voir sur la photo, il était composé de trois couches de gâteau séparées par une couche de glaçage. Je dois dire que j'ai été déçue. Pour avoir déjà lu des recettes de gâteau à la carotte, je sais que celui-ci est a priori préparé avec de nombreuses épices, la cannelle notamment. Ici, pas de trace de cannelle, ou alors mes papilles m'ont trahie, mais j'ai un gros doute. Le goût dominant est sans conteste celui du glaçage qui, manque de pot, ne casse pas des briques et est presque écœurant à force. Histoire d'être sûre, j'ai goûté un morceau sans glaçage sans bonne surprise: le gâteau aux carottes n'a que peu de goût, sa texture n'est pas intéressante, presque sèche. Un point positif: le gâteau contient des noix et le craquant apporte une nette valeur ajoutée au tout. Alors de deux choses l'une: soit je n'aime pas le gâteau aux carottes, ce qui me semble assez peu probable; soit celui-ci n'était juste pas terrible, cela me semble plus crédible.

J'ai préféré, et de loin, le cheesecake marbré au chocolat. Si la texture est presque parfaite -presque, parce que la base est trop humide et pas assez croustillante à mon goût, l'intérêt du cheesecake résidant notamment dans le contraste qu'offrent les textures de la base et de l'appareil au fromage- le goût m'a laissé songeuse. Il n'est pas très marqué, mais c'est justement cela le problème. J'ai eu du mal à identifier le goût dominant. Après avoir relu le billet de Midnight Poutine, et remarqué que l'auteur avait noté la petite touche citronnée fonctionnant à merveille avec les marbrures de chocolat, je me rappelle effectivement d'une certaine acidité. Mais qui n'allait pas particulièrement avec le chocolat, dont 102_0033le goût ne m'a pas convaincue non plus. D'ailleurs, on ne peut pas dire que les marbrures de chocolat soient très visibles, mais finalement tant mieux. Ce cheesecake est donc honnête; mais j'ose espérer que ce n'est pas le meilleur en ville.

La Croissanterie Figaro est un endroit agréable. Peut-être les sandwichs, brunchs et viennoiseries proposés sur la carte valent-ils le coup. Mais je ne la recommanderai pas spécialement pour ses pâtisseries. Peut-être aurais-je dû goûter à la mousse au chocolat...

La Croissanterie Figaro
5200, rue Hutchison
Montréal.

Station de métro la plus proche: Outremont (ligne bleue) ou Laurier (ligne orange) un peu plus loin.