Après avoir passé cinq jours sur l'île aux Moines, en charmante compagnie certes, mais pas des plus calmes (pour voir les épisodes précédents c'est ici et ), je n'en pouvais plus. J'avais besoin d'air, de ne pas voir ni d'entendre des enfants, quelque soit leur âge. Il me fallait respirer, sous peine de devenir vraiment désagréable, ce que je ne souhaitais pour personne. Je n'étais pas en mesure de supporter cela plus longtemps et je pense que toutes les personnes présentes l'ont bien compris et ne m'en ont pas tenu rigueur. Ma maman, en voyant à quel point j'étais ressourcée à mon retour, m'aurait presque enviée, elle qui avait passé deux semaines avec les enfants. Et même une gentille Nanni finit par se fatiguer.

Pour me rendre jusqu'à l'île aux Moines, j'étais passée juste à côté de Rennes, et je n'avais pu m'empêcher de penser que c'était la ville près de laquelle habite depuis déjà une dizaine d'années une de mes meilleures amies d'enfance, et que je n'étais jamais allée la voir. Honte à moi. Mon besoin d'air frais m'apparut donc comme l'occasion idéale: je ne savais pas si H. était à Rennes à ce moment-là mais je n'avais rien à perdre à le lui demander. La réponse fut quasi immédiate: j'étais la bienvenue. Dès le lendemain midi, je fus en route.

J'avais déjà revu H. depuis son déménagement. Mais rarement. Puis nous nous étions recroisées sur l'un de ces sites de réseaux sociaux qui ont au moins le mérite de permettre de retrouver certaines personnes perdues de vue. Nous nous étions revues l'année dernière, avant son départ en erasmus pour un pays froid, juste histoire de boire un verre, et cela avait été très agréable.

Ces 24 heures à Rennes furent plus qu'agréables. Elles furent réellement ressourçantes. Le fait d'être dans un cadre calme, dans la proche campagne rennaise, fut une chose; nous balader dans les rues de Rennes et apprécier de goûter le bon-vivre qui semble y régner en fut une autre. Mais ce qui compta vraiment fut d'être accueillie avec chaleur et gentillesse par cette famille que je retrouvai semblable à la dernière fois que je l'avais vue réunie, dix ans auparavant. C'est assez étrange d'avoir l'impression que le temps n'a pas de prise sur certaines personnes ou, en tout cas, de voir que certaines choses ne changent pas. C'est rassurant et stabilisant. Le plus important, finalement, fut de constater que, dix ans avaient certes passé, pratiquement rien n'avait changé entre H. et moi. H. n'est pas de ces anciennes amies dont on se demande quels points communs on a pu avoir un jour, dont on se dit que l'on est définitivement trop différentes et que l'on a vraiment plus rien à se dire. H. est toujours une amie, et ce fut super de s'en rendre compte.

En plus, H. lit ce blog et elle avait fait ces muffins que j'ai trouvés plus réussis que les miens! Non seulement H. aime cuisiner, ce qui fait automatiquement d'elle une personne fort aimable, mais elle aime aussi manger (non, cela ne va pas nécessairement ensemble). Et elle m'emmena dans une super crêperie dont il faut absolument que je vous parle.

La crêperie Saint-Georges a ceci d'original que toutes ses galettes ont le nom d'un George(s) connu. Et je peux vous dire qu'il 100_9745y en a des tas: de George Sand à George Michael, en passant par George V ou Georges Pompidou, j'en passe et des meilleurs. Ce restaurant se démarque des crêperies habituelles (H. opposait celle-ci plutôt tendance et recherchée aux crêperies plus familiales qui, sans être moins goûteuses, sont souvent plus classiques) par l'originalité des galettes proposées. On a très sincèrement l'embarras du choix et j'ai longuement hésité entre de nombreuses galettes qui paraissaient plus délicieuses et plus surprenantes les unes que les autres. J'ai finalement choisi une George V, composée de foie gras, pommes poêlées, glace au balsamique et accompagnée d'une salade verte. Je suis une incorrigible adepte de foie gras, depuis peu finalement. Du coup, je n'ai pas pu m'en empêcher. J'ai eu raison. Je n'avais jamais goûté de foie gras poêlé, et je n'en avais pas forcément entendu du bien (mon cobaye n'aime pas ça, et normalement il a des goûts peu critiquables), mais j'ai l'âme aventureuse et le goût du risque. J'ai savouré chaque bouchée de galette, un vrai délice. Je n'ai pas du tout trouvé le foie gras poêlé écœurant, reproche qui lui est souvent fait il me semble, et l'association avec les pommes poêlées (classique je pense) est juste parfaite. La présentation est soignée et le cadre est joli aussi, soit dit en passant. Une seule objection à ce tableau presque parfait: je n'ai pas vraiment reconnu le goût du vinaigre balsamique dans la boule de glace servie avec la galette. C'était frais et bon mais d'un goût peu identifiable. Pour sa part H. a choisi une galette dont j'ai aujourd'hui oublié le nom mais qui paraissait très bonne aussi, à base de dinde et de sauce au paprika si mes souvenirs sont bons.

100_9750Côté crêpes, même ravissement: que ce soit au niveau de la présentation, encore une fois très soignée, qu'au niveau du goût. Un peu moins de choix que pour les galettes, mais j'ai quand même trouvé mon bonheur. Et pour faire dans le local (au contraire du foie gras, mais que voulez-vous: "Sud-Ouest un jour, Sud-Ouest toujours!"), j'ai opté pour une crêpe Bretonne, garnie d'un palet breton, de caramel au beurre salé, de poire, de glace caramel au beurre salé et de chantilly. J'ai bien aimé l'idée de présenter cette crêpe à la façon d'une aumônière, fermée par un fil de bonbon ultra chimique mais régressif à souhait. De son côté, H. dégusta une crêpe Pom'pom' (si ma mémoire ne me fait pas défaut), à base de pommes comme son nom l'indique, de pain d'épices, servie avec une boule de glace au pain d'épices, qui avait l'air très bonne également. Alors, certes, manger à la crêperie Saint-Georges vous reviendra un peu plus cher que dans une crêperie plus classique. Mais je pense réellement que ça vaut le coup. J'ai même envie d'y retourner pour en goûter d'autres tellement j'ai eu du mal à me décider. H. m'a d'ailleurs affirmé que le magazine Elle avait recommandé ce restaurant: alors si vous voulez manger tendance à Rennes, vous savez où aller. Parce que Elle s'y connaît en tendances, même si ce sont souvent des tendances qui vous coûtent un bras, voire deux, si vous voulez vous y plier. C'est bien connu: "Pas de bras, pas de chocolat." Moi je préfère le chocolat. Au diable les tendances. Cependant, allez quand même manger à la Saint-Georges.

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La Pom'pom'

Edit: La galette que H. avait choisie était une Georges Perec et était composée de poulet, tomates, paprika et fromage.

La Saint-Georges

11, rue du chapitre

Rennes